J’ai longtemps cru que je ne pouvais être thérapeute, écrire, m’exprimer, partager et me montrer publiquement que si je pouvais prouver que j’avais guéri, que j’avais grandi, que j’avais dépassé ce qui me limitait.

Que je ne m’enlisais pas dans le doute ou l’auto-jugement, que j’étais mature, sage et humble, que j’avais réussi.

Ce sont des illusions et j’appelais ça légitimité.

Ça me rendait souvent très con.

L’éducation, le système et les milieux du bien-être et du développement personnel nous formatent.

Les remarques des bien-pensants, les commentaires sur les réseaux sociaux, ces petites phrases assassines qui passent dans le silence de la normalité. Les « on est des thérapeutes on devrait pouvoir… », « on a les outils pour », « pour des thérapeutes, la moindre des choses… ».

Ces enseignants et ces accompagnants nous conditionnent à croire que c’est simple de changer et de résoudre des problèmes pour le bonheur de leur marketing et de leur compte en banque.

La dictature du non-jugement, de la bienveillance et de l’amour de soi et des autres est partout.

Alors ceux qui ne s’y sentent pas chez eux s’enferment dans leurs ressentis et leurs peurs. Pour faire comme tout le monde, pour pouvoir appartenir au groupe.

On vit dans un monde de l’immédiateté, du plus et du meilleur.

Dans les milieux du bien-être et du développement personnel, ces mots signifient le plus guéri, le plus mature, le plus sage, le plus incarné, le plus connecté, le plus bien portant, le plus « de l’autre côté », celui qui a compris la vie, le bonheur.

Depuis des années, je m’entraîne à sortir de ce jeu vicieux dans lequel il est si facile de tomber.

Mais souvent, quand je partageais mes peurs, mes doutes et mes limites, on ne m’a pas cru : je devais sans doute dire ça pour rassurer les autres.

Souvent, on m’a dit que ça manquait d’authenticité et de vulnérabilité, qu’il pourrait être sympa d’aller chercher ailleurs, d’être plus émotionnel.

Encore de la dictature invisible du bien-être.

Les gens parlent d’authenticité et de vulnérabilité sans avoir la moindre idée de ce que ça veut dire, de ce que ça représente. Comme s’ils l’étaient eux.

Il ne suffit pas de dire à quelqu’un d’avoir confiance pour que ça arrive. En quoi ça serait différent pour la vulnérabilité et l’authenticité ?

Ça veut dire quoi être vulnérable ? Authentique ?

Mon vulnérable à moi n’est pas celui d’un autre.

Quelqu’un d’hyper-émotionnel enfermé dans ses émotions ne sera pas vulnérable dans l’émotion, il le sera quand il n’y est plus.

Quelqu’un de contrôlant le sera quand il entrouvrira une porte de sensibilité.

On n’est authentique qu’à la hauteur de ce qu’on sait de soi dans l’instant. Mon authentique d’il y a 10 ans fait bien rire celui que je suis aujourd’hui.

Étais-je moins authentique pour autant ?

L’authenticité est une direction, une attitude. Être authentique est l’aboutissement d’une spiritualité développée et incarnée, c’est le chemin de toute une vie.

La vulnérabilité et l’authenticité sont des leurres lorsqu’elles deviennent des objectifs.

Ça me rappelle cette formatrice qui me répétait sans cesse à l’époque « il faut plus d’émotions ».

Super. Merci.

Je fais comment ? J’ai passé ma vie à les ranger sous le tapis et à ne pas les exprimer, certaines me font peur, d’autres sont dangereuses pour les autres ou me donnent envie de me jeter par la fenêtre.

Et il faudrait « plus d’émotions » ? Et t’es thérapeute ? Ta gueule.

Ces attentes des autres sur ce qu’on devrait être et ressentir finissent par devenir le problème, surtout quand on croit les « autorités » et qu’on laisse ces idées circuler sans les remettre en question, parce qu’elles sont jolies et bisounoursiennes.

Pour moi, être accepté, ça a longtemps été – et ça l’est encore en partie – de savoir des choses, d’avoir des compétences, de pouvoir transmettre aux autres.

Progressivement, j’apprends que je n’ai pas besoin d’être cette personne.

J’ai longtemps admiré des figures d’autorité, des sachants, des gens qui faisaient de belles choses techniques et qui parlaient bien.

Puis j’ai vu des centaines de stagiaires, des milliers des clients.

Les gens que j’admire le plus ne sont pas ceux qui étalent leur savoir, les plus guéris, les personnalités les plus grandes et les plus confiantes, les plus pétillantes ou les plus brillantes, les néons ambulants de la guérison.

Les personnes que j’admire le plus sont celles qui sont honnêtes.

Celles qui n’ont pas peur d’admettre leur humanité.

Celles qui savent qu’elles ne savent pas.

Celles qui vivent sans se précipiter pour réparer, changer ou améliorer.

Celles qui se laissent trébucher, tomber, triompher, échouer, pleurer, aimer, être humain à voix haute.

Celles qui n’ont pas peur de blesser quand elles expriment leur vérité.

Celles qui m’ont raconté leurs histoires de vies incroyables.

Elles m’aident à devenir encore plus moi-même, tel que je suis.

À apprendre à me rencontrer ici.

Quand on se laisse être vrai, être inachevé, on se découvre à nouveau, et c’est pour ça que j’écris en public.

J’accepte qui je suis en exposant ce que je suis.

Pas l’inverse.

À propos de Laurent Bertin


Né le 6 juin 1975, je suis coach, conférencier et formateur depuis plus de 12 ans. Marié depuis 25 ans, je suis père de 4 enfants. J’ai 3 chats et deux chiens que j’adore.

Je suis un solitaire atypique, avec une anxiété sociale que j'ai réussi à intégrer pour en faire une force. J'aime la tranquillité, la simplicité, l'authenticité et l'honnêteté.

Ancien directeur informatique dans une grande banque française, j’ai tout quitté du jour au lendemain pour devenir praticien en hypnose. J’ai développé mon cabinet, suis devenu formateur, co-directeur d’un grand centre de formation pour tout quitter à nouveau pour développer mon activité via Internet.

Aujourd’hui, je peux travailler d’où je veux quand je veux et moins de 2h par jour. J’ai triplé mes revenus de directeur en aidant mes clients et en formant des milliers de personnes à mieux vivre leur métier et à mieux aider leurs clients.