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Les pièges de la différence

Les pièges de la différence

Se sentir différent peut être un piège et les nombreuses réactions à mon article d’hier sont l’occasion d’apporter des précisions à mon propos et une façon de me rappeler à moi-même ce que j’oublie parfois.

Vouloir être différent est un leurre

Quand on parle de différence et comme je le dis dans cet article, ceux qui veulent être différents sont dans une fuite de la réalité.

Leur différence ne repose que sur leur capacité à crier leur différence.

Elle ne contribue à rien, elle n’apporte rien, elle ne fait que brasser de l’air et demander de l’attention.

C’est l’enfant rebelle qui n’a pas grandi et qui cherche toujours à trouver sa place d’adulte : ne pas faire comme les autres, ne rien tolérer, se placer en dehors de la réalité.

C’est l’enfant qui hurle qu’il est libre, autonome et indépendant, mais incapable de se faire cuire un œuf et d’avoir une attitude d’adulte.

On s’embrasse autour du bûcher de la normalité en s’auto-congratulant de ne pas être comme les autres.

C’est un terrain dangereux, être différent n’est pas un but, c’est un état de fait.

On l’est tous.

Si certains se sentent plus différents que les autres, par leurs traits de caractère, leurs origines, leur éducation, vouloir être différent c’est vivre en permanence dans la non-acceptation de soi et des autres.

Pour pouvoir faire de ses différences une force, il faut être capable de reconnaître quand on joue le jeu de l’enfant rebelle.

Depuis quelques années, beaucoup de parents développent cette mauvaise différence chez leur enfant.

L’éducation de l’enfant roi, la mise sur piédestal, les exclamations de génie à chaque banalité, tout ceci contribue à un état d’esprit non évolutif et à une culture de la déresponsabilisation et de l’égoïsme :

« Si je suis si génial et si différent des autres, c’est que les autres doivent être nuls. » »

Bon courage pour avancer dans la vie avec ça.

La justesse du sentiment de différence qui appelle à changer les choses s’est transformée en bruit de victime d’un système et des autres.

Nous sommes tous formatés

Le normal dont je parle dans mon article parle de formatage, pas de ce qui est conforme à la norme.

Nous sommes tous normaux et nous sommes tous formattés.

Quand je dis « Ne laissez pas le monde vous rendre normal », il faut lire : « Ne laissez pas le monde vous formater ».

Et c’est extrêmement difficile.

C’est développer la connaissance de soi, c’est rester attentif à ce qu’on accepte comme vrai sans le savoir, c’est connaître les biais cognitifs et y prêter attention, c’est s’intéresser aux avis opposés, c’est continuer d’apprendre et évoluer, c’est un travail vers la sagesse qui dure toute la vie.

C’est une philosophie de vie.

Être différent ne veut pas dire que les autres ont tort

Tout le monde a sa perception du monde et tout le monde ne peut pas être d’accord sur tout.

Ça n’est pas parce qu’on se sent différent – et qu’on l’est – que les autres ont tort de ne pas la voir, de ne pas penser comme nous, de ne pas comprendre, de ne pas être comme on aimerait qu’ils soient pour nous accepter.

La responsabilité de chacun est d’être capable de vivre dans un monde en se sentant différent, sans se mettre dans tous ses états lorsqu’on est remis en question ou qu’on rencontre quelqu’un qui nous confronte sur nos idées et notre façon d’être.

Il ne s’agit pas de sombrer dans les « chacun sa vérité » et « chacun ses croyances » qui sont des brouettes de bienveillance dégoulinante qui empêche les discussions, les débats et les confrontations sur nos angles morts.

Être différent c’est pouvoir accepter les différences et être capable de la remettre en question, c’est comprendre les points 1 et 2.

Être différent ne veut pas dire être spécial

Se croire spécial est un biais cognitif.

Tout le monde pense ne pas être comme les autres. Beaucoup de livres en parlent, mais je vous recommande Switch, Osez le changement

  • 96% des patients atteints de cancer affirment être en meilleure santé que la moyenne des patients atteint de cancer.
  • 94% des professeurs affirment être meilleurs que la moyenne des enseignants
  • 90% des étudiants pensent être plus intelligents que l’étudiant moyen.
  • 93% des conducteurs disent qu’ils sont plus sûrs que la moyenne des conducteurs.

Et la tendance quand on apprend ça est…

…de se dire que ça n’est pas vrai pour nous ! Qu’on est différents.

La joie des biais cognitifs.

Pour l’éviter, il faut se rappeler régulièrement qu’on n’est pas plus spécial que les autres, pas tellement différents et pas plus intelligents.

Se rappeler qu’on est dans la moyenne permet d’apprendre des autres et d’évoluer.

La clé est de partir du principe que les autres ne sont pas cons.

Et oui, c’est moi qui dis ça avec ma tendance à penser que les gens sont stupides.

Nous sommes tous stupides parce qu’on n’apprend pas à réfléchir, parce qu’on est formaté et influencé, parce que notre cerveau apprend et répète et qu’il est difficile de s’en rendre compte.

Nous le sommes tous.

La nuance est dans « partir du principe ».

Partir du principe que l’autre n’est pas idiot, qu’il a de bonnes raisons de penser ce qu’il pense.

C’est facile à dire, beaucoup plus difficile à faire, parce qu’on le fait tout le temps, c’est un biais, ça demande un effort, un moment de pause et de réflexion avant de réagir.

Quand on veut réagir, on peut se poser plusieurs questions. Si l’autre est intelligent et qu’il a réfléchi à ce qu’il fait :

  • Pourquoi ce choix ?
  • Pourquoi ce point de vue ?
  • Pourquoi cette décision ?

Ça change beaucoup de choses et évite les premières réactions.

Pourquoi je choisis ce mot et pas un autre ? Pourquoi cette photo ? Pourquoi cette citation ?

D’abord s’auto-questionner sur les choix de l’autre, et en prenant un point de vue intelligent et réfléchi.

Ensuite, réagir.

Que faites-vous de vos différences ?

Lorsqu’on accepte la quête et la mission de toute une vie d’être capable de se déconstruire, de sortir du formatage, de lutter contre l’énergie qui nous ramène au « normal », qu’est-ce qu’on en fait ?

Si c’est pour crier qu’on est différent et attendre que le monde le reconnaisse et nous accepte, on est encore bloqué à l’âge de 4 ans.

La question, la seule est :

Qu’est-ce qu’on fait de nos différences pour contribuer à quelque chose d’important ?

Félix Radu le dit beaucoup mieux que moi dans sa magnifique prose sur le harcèlement scolaire :

« Si vous vous sentez à l’étroit dans le monde, c’est que vous êtes là pour le changer. »

Et si vous ne faites que crier, s’il vous plait, taisez-vous.

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