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L’inefficacité de la pensée positive

L’inefficacité de la pensée positive

Dans ma conférence, je parle de l’importance des leviers de souffrance et des pièges de la pensée positive.

Cette mode qui veut nous faire croire que c’est en pensant de façon positive qu’on vit mieux et qu’on peut atteindre ses objectifs.

Ce sont des légendes urbaines qui circulent beaucoup, encore plus pendant ces périodes de débuts d’année.

Des images mentales sur un avenir souhaitable nous font nous sentir mieux sur le moment.

C’est du court terme.

C’est un shoot de dopamine qui leurre notre cerveau.

Il a eu sa récompense, il est heureux.

L’action ne suit pas pour autant.

La pensée positive devient le problème, elle devient la drogue qui nous fait nous sentir bien. J’évoque cette idée dans mon billet sur les pièges du développement personnel.

Les pensées positives sapent la motivation, selon Gabriele Oettingen , psychologue à l’Université de New York et auteure du livre Rethink Positive Thinking.

Oettingen a constaté que les personnes qui se livrent à des futurisations positives travaillent moins et obtiennent de moins bons résultats que celles qui ont des pensées plus interrogatives et réalistes.

Dans l’une de ses études, elle a mesuré le poids que des femmes perdaient sur une année, en utilisant 3 méthodes différentes :

  • La pensée positive classique qui consiste à se voir en détail avoir réussi à atteindre son objectif
  • La pensée focalisée sur les obstacles uniquement : tout ce qui pourrait empêcher d’atteindre l’objectif
  • La pensée focalisée sur la réussite et un obstacle qui pourrait les bloquer et comment y remédier

Les femmes qui se fantasmaient positivement ont perdu 12 kilos de moins, et le groupe avec les meilleurs résultats a été le 3ème groupe. Le second groupe a perdu plus rapidement de la motivation que le premier.

Ces résultats ont été reproduits études après études.

Gabrielle Oettingen a créé la méthode WOOP, et je cite Nicolas Pellissier qui la résume mieux que moi :

La méthode W.O.O.P est composée de quatre étapes :

1/ Le souhait (« Wish »)

2/ Le résultat (« Outcome »)

3/ Les obstacles (« Obstacle »)

4/ Le plan (« Plan »)

Le WOOP permet d’aller plus loin :

– on détermine l’objectif que l’on veut atteindre,

– dans quels buts on veut y arriver ?, mais aussi

– quels pourraient être les obstacles ? et enfin

– quelles stratégies mettre en place pour surmonter ces potentielles

Nicolas Pellissier

Qu’il s’agisse d’obtenir un bon emploi, d’entamer une relation ou d’obtenir de meilleurs résultats…le simple fait de fantasmer positivement sur le résultat final rend l’obtention du résultat final MOINS probable.

Il y en aura toujours pour dire que ça a aidé untel ou untel.

Moins probable veut dire que c’est moins efficace, pas que ça ne fonctionne pas.

C’est moins efficace que la méthode WOOP proposée par Gabriele Oettingen.

C’est moins efficace que de visualiser les conséquences de l’inaction, dont je parle dans ma conférence.

C’est la force du biais cognitif de l’aversion à la perte, théorisé par Daniel Kahneman, auteur de Système 1, Système 2.

Je vous le résume en 1 phrase.

On met 2 x plus d’énergie à éviter une souffrance qu’à aller vers du plaisir

La création du futur, le dialogue avec son « futur soi » est en revanche efficace et puissant, mais c’est un travail plus complexe que la futurisation positive, qui demande – et développe en même temps – une bonne connaissance de soi.

C’est différent de l’imagerie mentale qui repose sur la capacité d’une personne à visualiser mentalement certains états sensoriels.

C’est différent de la visualisation par l’imagerie mentale qu’utilisent par exemple les sportifs ou les pilotes pour vivre leur parcours mentalement.

La pensée positive est piégeuse, parce qu’elle est jolie sur le papier.

Mais joli ne veut pas dire efficace.

On verse vite dans l’hyper-acceptation, l’hyper-tolérance, la loi d’attraction et sa néo-spiritualité.

On mélange tout ça avec la gratitude et plus personne ne sait vraiment de quoi on parle.

Ça devient un fourre-tout qui mène trop de gens à l’échec, et au sentiment d’incompétence.

On change plus souvent avec un truc qui réveille et remet bien sur les rails qu’avec de la pensée positive.

Et pourtant ça s’obstine un peu partout sur Internet, et même dans certains enseignements.

La pensée positive est inefficace.

Note 1 :

Merci Nicolas Pellissier pour la référence

Yves-Alexandre Thalmann (psychologue et professeur de psychologie en Suisse) vient de publier un article dans le N°127 de Cerveau et Psycho (nov 2020) qui fait le point sur la « pensée positive ». Il a francisé le WOOP en DROP. Son concept de « DROP » lui-même traduit du « WOOP » anglais de Gabriele Oettingen, professeur de psychologie à New-York est très intéressant. « D.R.O.P » : Désir, Résultat, Obstacles, Plan d’action.

Note 2 :

Merci Mademoiselle Teste pour la référence.

Vous pouvez écouter le podcast de Méta de Choc sur ce sujet.

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