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Éviter les pièges des milieux du bien-être

Éviter les pièges des milieux du bien-être

En plus de 10 ans comme praticien en hypnose, formateur et coach, j’ai vu beaucoup de personnes croire qu’elles allaient mieux alors qu’elles sombraient dans un monde fantaisiste de la pensée positive, des punchlines de développement personnel et des pièges de la néo-spiritualité.

Elles se racontaient aller mal ou qu’elles n’étaient pas assez bien. Elles avaient été hypnotisées, influencées, manipulées par les réseaux, la société, les médias et le système du bien-être.

Qui n’a pas envie de devenir une meilleure version de lui-même, de penser positif, de sortir de ses limites, d’avoir plus confiance, d’être aligné, charismatique, de trouver sa mission de vie, de trouver son pourquoi, de se connecter à plus grand que soi, de développer une spiritualité incarnée ?

Pas grand monde.

Les opportunités d’exploiter la souffrance des autres sont donc infinies.

La prémisse du milieu du bien-être est qu’on n’est pas assez bien, qu’on est inadéquat.

Et il faut qu’on soit inadéquat et pas assez bien.

Sinon il n’y a rien à réparer.

Et s’il n’y a rien à réparer, il n’y a rien à vendre.

Les gens heureux et satisfaits sont mauvais pour les ventes.

Le point de départ est de faire monter la souffrance, suffisamment pour donner envie d’en sortir, pas trop pour laisser une lueur d’espoir aux promesses.

Mais surtout faire ce qu’il faut pour laisser de la place à l’addiction.

L’addiction invisible au bien-être

Une addiction atténue une souffrance de façon temporaire et agréable pour la laisser revenir et pouvoir recommencer à l’atténuer.

Vouloir changer, c’est vouloir arrêter de souffrir.

Le milieu du développement personnel atténue rarement la souffrance avec des résultats durables.

La souffrance est anesthésiée par le médicament qu’on pense être le salut : les livres, ateliers, stages, séminaires et formations qui nous aident à aller mieux, pendant un temps.

Qui ne s’est jamais senti bien en lisant un livre, prêt à tout transformer en le refermant ?

Qui n’a jamais été aussi heureux que pendant un stage, un séminaire ou un atelier pour retourner à la réalité quelques jours plus tard ?

On croit qu’on va mieux parce que se prends son shoot de vidéo positive, de motivation, de caresse dans le sens du poil, sa dose de « tout est possible sans effort » car il suffit « d’attirer à soi ».

C’est facile de tomber le piège, notre cerveau fonctionne de cette façon.

C’est la drogue du bien-être.

Une drogue pire que bien d’autres, car en apparence elle est positive et fait du bien.

En apparence, on prends soin de soi alors qu’on s’enfonce de plus en plus dans la quête du bonheur et du mieux.

Les biais cognitifs qui nous exploitent

Aujourd’hui, n’importe quel crétin ayant à peine lu un livre peut devenir un coach de vie, un business coach, un hacker de l’amour, un auteur à succès, un thérapeute qui soigne tous les maux, etc. en faisant croire aux gens qu’il en est un.

Il suffit d’acheter et de manipuler la crédibilité et l’autorité.

Internet et les techniques marketing le facilitent aujourd’hui, sans effort pour ceux sans scrupule.

Quelques vidéos, de belles photos, quelques idées reprises chez les voisins, des promesses fortes, un CV bidonné avec des mots comme certifié, diplômé, formé par…

Des posts tous les jours sur les réseaux sociaux pleins de truismes et de punchlines « Vous pouvez avoir ce que vous voulez », « Ecoutez votre coeur », « Faites vous confiance », « Devenez riche en 3 étapes », ou encore de fausses citations de personnages célèbres, et vous avez la recette parfaite.

Les biais d’autorité et effets de Halo sont au rendez-vous.

Par exemple, il suffit de manipuler un peu les catégories sur Amazon pour devenir numéro 1 des ventes. Un youtubeur américain, Mike Winnet, s’est même amusé à le faire avec un livre qui ne contenait que des pages blanches. Il est devenu « best seller » en quelques jours.

On nous promet aussi un avenir meilleur, en exploitant l’une de nos tendances psychologiques les plus puissantes : le biais de l’optimisme.

Il vous permet de croire qu’avec l’aide d’une nouvelle technique, vous pouvez identifier toutes les façons dont vous êtes foutu maintenant… de sorte que l’avenir sera exponentiellement meilleur.

Cette croyance en un avenir meilleur nous donne la permission d’accepter le présent comme étant totalement merdique.

Pire, cela ouvre la porte à la croyance que nous sommes totalement merdique.

Le présent et nous sommes merdiques, ou pas mieux qu’hier, on pense que c’est notre faute ou qu’on avait pas la bonne technique.

La boucle est bouclée, on retourne chercher un autre gourou, avec un peu moins d’argent en poche qu’avant.

Et un peu moins bien qu’avant.

J’appelle ça la dépression positive.

Une vicieuse dépression sur la vie, l’image de soi, de son couple et des autres masquée par de la pensée positive, de la néo-spiritualité et du développement personnel de bas étage.

Vicieuse car c’est un poison agréable qui tue. La cigarette est presque plus simple, au moins, elle, on sait qu’elle tue.

Sortir de la boucle

On se laisse vite enfermer dans cette boucle lorsqu’on oublie de faire preuve de discernement, en permettant à n’importe quel expert de nous tendre le miroir de nos insuffisances.

Lorsque nous ne voyons plus que des améliorations à opérer sur nous et sur les autres.

Lorsqu’on croit qu’on peut s’en sortir en ajoutant plus de mieux, de plus vite et plus de techniques.

Lorsqu’on guette la recette miracle, la baguette magique qui transformer en ce modèle irréaliste de réussite et de bien-être qu’on a en tête sans le savoir.

Lorsque notre quête d’évolution s’est transformée en quête d’immédiateté.

Sortir de la boucle c’est préférer la connaissance de soi au développement de soi.

C’est arrêter de vouloir fuir la souffrance, et plutôt choisir d’en faire des forces, comme je l’évoque dans ma conférence.

C’est arrêter de vouloir changer immédiatement et accepter que l’évolution prenne du temps.

C’est arrêter de penser en termes de résultats et d’objectifs, et mettre son attention sur les systèmes et ce qui nous met en joie dans le présent.

C’est arrêter de chercher des raccourcis.

Il n’y a pas de raccourcis pour les endroits qui en valent la peine.

Beverly Sills (Soprano – 1929 – 2007)

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