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Vouloir le nom sans faire le verbe

Vouloir le nom sans faire le verbe

Depuis tout petit on nous demande ce qu’on veut.

Ce qu’on veut à Noël, pour notre anniversaire, ce qu’on veut faire quand on sera plus grand…

Puis ça continue, seules les questions changent.

Ce qu’on veut faire ce weekend, pendant les vacances, avec qui on veut sortir…

…avec qui on veut se marier, si on veut des enfants, quel salaire on veut, quelle vie on veut avoir…

La vie se déroule au rythme de ces questions.

On est en quête de mieux.

On nous formate à chercher ce qu’on veut.

On passe notre vie à chercher des réponses.

Mais ce qu’on veut n’a aucune importance.

Parce qu’en vérité, on veut toujours la même chose.

Des raccourcis.

Le résultat sans le chemin.

La réussite sans l’effort.

La joie sans la peine.

L’amour sans la souffrance.

Le changement sans rien changer.

Les qualités sans les défauts.

Alors on se perd, on disparait dans nos voeux.

Parce que vouloir crée l’envie.

Pas l’envie du désir.

Mais l’envie de devenir.

Et ça nous empêche d’apprécier.

L’envie de devenir mène à la critique et nous rend détestable.

Si on aime la peinture, on apprécie un musée.

Mais si on veut devenir peintre et en vivre, c’est le début de notre fin.

On veut faire partie du clan des spécialistes et des experts.

On veut montrer qu’on a sa place parmi les autres.

On se met à faire attention à des détails, à critiquer, à ce qu’on aurait fait de mieux que l’autre, à ce qu’il fait mieux que nous.

On va demander pourquoi untel est exposé et pas nous.

Des milliers de questions vont anéantir notre santé mentale.

On oublie de faire les choses pour nous, depuis nous.

Juste parce que ça vibre et sonne juste.

Cette envie de devenir nous fait désirer le nom, sans vouloir faire le verbe.

On veut devenir écrivain sans écrire.

On veut devenir formateur sans former.

On veut devenir hypnothérapeute sans faire d’hypnose.

Alors on passe notre temps à fatiguer notre entourage avec nos je veux.

On croit avoir retrouvé notre côté enfant.

Mais ça n’est que l’enfant capricieux encore dans sa toute-puissance.

Alors nos « je veux » deviennent des j’aimerais.

L’envie de devenir nous a tué.

On s’est rabaissé, presque détesté, on s’est oublié.

On n’a pas besoin de devenir.

Être un violon dans un orchestre et vouloir devenir la trompette ne fait que rendre malheureux.

On est déjà.

Au violon de trouver sa note, et de la jouer.

À nous de trouver notre verbe.

Et de le faire vibrer.

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