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Les anges et la mort

Les anges et la mort

Il est un peu con ton humain non ?

Ouais, m’en parle pas, des années que j’lui envoie des signes, il pige rien.

Qu’est-ce que tu vas faire ?

J’ai plus trop l’choix je crois…faut que j’appelle.

Naaannnnn ?

Si…

Dur.

Même pas sûr qu’il comprenne, mais bon, c’est ça où continuer de me faire chier à essayer de faire parler son chat, sa télé, les livres et tous les signes habituels.

C’est pas faux.

Bon allez, j’appelle.

Allo ?

Ouais c’est moi, dis-moi, tu pourrais me rendre un service ? … Ah t’es déjà au courant ? Ouais je sais c’est pas conventionnel…sois sympa…ok…hmm…oui j’patiente….

…ah t’as que ça sous le coude ? T’as pas autre chose ?…merde…

…bon…ouais je sais…ok ok ça ira, merci !

Bon ! Ça c’est fait ! ça va être violent par contre…j’espère que ça va marcher sinon…

6 mois plus tard.

Ça y est, c’est fait.

Alors ?

Comme prévu, c’est violent. Elle, elle gère plutôt bien, lui, il est complètement à l’ouest, j’ai tiré le gros lot avec lui j’te jure. Quel gâchis.

Tu verras bien dans 1 mois ou 2.

Ouaip.

2 mois plus tard.

Alors ? Quoi de neuf en bas ?

Enfin ça y est !

Sérieux ?

Ouais, elle a décidé de quitter son job, et lui aussi, enfin !


C’était il y a 13 ans.

Et c’est comme ça que je me raconte la perte de notre bébé, Ève. Des anges qui discutent qui font appel à la mort et à une âme qui veut bien faire un court voyage pour remettre de la vie dans notre quotidien.

D’un côté, ça me remplit de gratitude pour un des évènements les plus douloureux de ma vie.

De l’autre, je me sens ridicule.

Quand je compare ce que j’ai vécu à ce que d’autres ont vécu ou traversent.

Quand je me demande comment font certaines personnes pour encore sourire malgré leurs histoires et qu’une histoire d’anges à la noix ferait sans doute bondir.

Quand je compare ma souffrance à celle des autres.

Oui, la souffrance ne se compare pas.

Mais il y a souvent ce mélange de honte, de culpabilité et de comparaison qui empêche de laisser partir et de vivre.

Cette honte m’a longtemps empêché de voir la souffrance et de pouvoir m’en détacher et d’en faire une force.

Je me cachais derrière des leurres.

On a tous la liberté de se raconter nos souffrances comme bon nous semble, que ce soit vrai ou non, que ce soit réaliste ou non, qu’on y croit ou non, que ce soit positif ou non, peu importe.

Ce qui compte c’est de pouvoir répondre à notre quête de sens.

Ce qui compte est le changement de perspective, l’angle nouveau, le « et si c’était ça le sens de l’histoire ? » et d’en faire quelque chose qui nous sert.

Une colère qui devient un moteur pour se changer soi et le monde.

Une autorisation à être heureux pour rendre hommage à ceux qui ne sont plus là.

Tout est possible tant qu’on a fait le chemin de regarder la souffrance en face, sans honte, sans culpabilité et sans comparaison.

Alors merci.

Merci aux anges du quotidien, aux imaginaires et à ceux qu’il nous arrive parfois de croiser sans toujours s’en rendre compte.

Et si ce n’est pas encore fait, je vous souhaite de trouver les vôtres, ils sont rarement bien loin.

Nous nous racontons des histoires pour pouvoir vivre

Joan Didion

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