La puissance du mot essayer

Pourquoi ceux qui disent qu’il faut retirer le mot essayer de son vocabulaire ont tort

Accepte-toi.
Tu es bien comme tu es.
Ne sois pas si exigeant.
Tu es trop perfectionniste.

J’en ai marre de voir passer ces injonctions qui présupposent bien trop souvent qu’il faudrait diminuer ses critères d’exigences ou d’excellence pour je ne sais quelle obscure raison, souvent pas plus étayée que par une phrase à la noix digne d’un diplôme en PMU de psychologie « tu es très bien comme tu es ».

On va vers quoi, un monde de moumou du genou qui « s’acceptent comme ils sont ? ».

Oui, mais non merci, pas pour moi.

Si tout le monde pensait comme ça, on serait toujours à l’ère préhistorique à crever de froid dans nos grottes.

On peut avoir ces critères, car nos gouts font qu’on apprécie les choses bien faites, bien travaillées qui montrent une certaine expertise et qualité.

On peut avoir ces critères parce qu’on a un point de vue, une philosophie de vie qui dit « quitte à faire les choses, autant les faire bien ».

On peut avoir ces critères parce qu’on est quelqu’un qui cherche à donner son meilleur et son maximum dans toutes les situations.

On peut les avoir de par notre éducation, nos drivers « soit fort » « soit meilleur », qui peuvent poser problème, mais beaucoup se construisent sur ça de belle façon, est-ce forcément utile de vouloir s’en défaire ? Ce n’est pas le driver le problème, c’est la fuite des enjeux émotionnels autour de ces injonctions, et celles-ci sont intéressantes à explorer.

Et l’on peut aussi avoir tout ça en même temps et c’est plutôt souvent des qualités que des défauts.

Le vrai problème, c’est que ça amène de la comparaison, cela crée un écart entre ce que je fais (ou ce que je suis) maintenant, et ce que je veux pouvoir produire (ou être).

Cet écart, c’est le facteur d’insuffisance.

On sait que ce qu’on fait maintenant n’est pas à la hauteur de nos critères d’excellence ou d’exigence. Tout le monde ressent ça à un moment donné ou à un autre: être un bon accompagnant, un bon parent, un bon conjoint…

Le truc, c’est que beaucoup abandonnent ou se retrouvent figés lors de la prise de conscience de cet écart.

Ils n’osent pas, ne se lancent pas, ne passent pas à l’action, car ce qu’ils produisent est « nul », « pas à la hauteur » : l’écart entre ce qu’ils font aujourd’hui est trop grand par rapport à leurs ambitions, et ça donne le vertige.

Le seul moyen de combler cet écart, c’est de passer à l’action, d’apprendre, de travailler et de tester des choses, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

On peut aussi passer toute une vie à vouloir que le ressenti du facteur d’insuffisance disparaisse, sans succès. Ou en tout cas pas sans se renier dans ses ambitions et ses envies profondes, ce qui pour moi est une connerie qui fait plus de mal que de bien.

Ce qui fonctionne, c’est de faire de cet écart le chemin, et de mettre ses critères d’excellence et d’exigence au service de la réduction de cet écart. Le chemin peut être long, très long, il peut prendre des années.

Les ambitions ne sont jamais un problème, c’est le courage qu’il faut trouver pour les atteindre, et la capacité à être ok avec le fait de faire de la merde, un peu moins chaque jour, qui compte. Beaucoup de gens, notamment l’entourage, les amis, les thérapeutes diplômés en PMU de psychologie vous diront de les réduire, de les revoir à la baisse.

Moi je dis « fuck it. »

Mais ne pas les revoir à la baisse a un coût.

Paul Morphy, un grand joueur d’échec résume assez bien ça dans cette petite phrase :

« The ability to play chess is the sign of a gentleman. The ability to play chess well is the sign of a wasted life. »

« La capacité à jouer aux échecs est le signe d’un gentleman. La capacité à bien jouer aux échecs est le signe d’une vie gâchée. »

Savoir jouer n’est pas très compliqué, devenir un très bon joueur demande des années de travail, de défaites, d’apprentissages et d’entrainements. Comme tout en fait.

La seule question est donc : est-on prêt à payer le cout de ses ambitions ? Et se confronter réellement à notre facteur d’insuffisance ?

Qu’est-ce qu’il nous reste ?

Travailler comme des acharnés jusqu’à se sentir moins nul ?

Oui peut-être, ou d’accepter que les ambitions ne sont en fait que des rêves bons pour les autres.

Ou d’y penser différemment.

Dans Friday Night Lights, une de mes série préférée, Coach Taylor dit à un de ses footballeurs qui ne se trouve pas assez bien :

« Tu n’as pas à être meilleur que les autres, mais tu dois aspirer à l’être : la force de caractère est dans le fait d’essayer »

Je crois que c’est pareil ici.

L’excellence, l’exigence n’est pas dans l’atteinte du résultat, mais dans le courage d’essayer de combler le écart.

Dans le courage d’accepter la douleur du ressenti du facteur d’insuffisance comme signe d’évolution et d’ambition.

Dans le courage de la remise en question présupposée dans cette phrase.

La satisfaction est dans le fait d’essayer, pas dans le résultat, même si on ne l’atteint jamais. Sans doute que toutes les ambitions ne sont pas faites pour être atteintes.

Ne retirez pas le mot « essayer » de votre vocabulaire, ni de celui de vos clients, il y a pleins de contextes où est il très puissant et libérateur.

Je crois qu’on est bien plus définis parce qu’on met comme énergie à essayer d’être, que ce qu’on est.

Si je met de l’énergie à fuir ma nullité, je suis pas quelqu’un de nul, je suis quelqu’un qui fuit.
Si je met de l’énergie à améliorer ma nullité, je ne suis pas quelqu’un de nul, mais quelqu’un qui cherche à évoluer et progresser. etc.

« Être », tout simplement, serait le but ultime, pour Être, je crois qu’il faut passer par l’intégration de toutes nos facettes, et donc des essais. Personne « n’Est » du jour au lendemain, et certainement pas dans tous les contextes.

Mais le biais serait de sombrer dans les dérives du dev. personnel et de la quête du mieux.

Si je cherche toujours « à être mieux » ça présuppose que je ne suis pas assez, et c’est souvent ça qui nous fait nous sentir mal au quotidien.

Mais c’est encore une fois parce qu’on le place sur le résultat, et non pas le processus.

Le résultat, c’est la validation externe de réussite (j’ai réussi, je fais bien, c’est excellent), et le jugement.

Le processus, c’est la validation interne de l’effort (j’ai donné tout ce que j’avais aujourd’hui, je prends du feedback et ça m’aidera demain).

En intégrant le écart que génère de fait nos ambitions, nos gouts et nos envies, comme quelque chose qui nous guide sur un chemin d’état d’esprit interne, de validation interne, la dynamique de la comparaison et de l’insuffisance se transforment complètement.

Une des marques de fabrique de ceux qui font plein de grandes choses, c’est de persister, c’est d’ailleurs une des choses qui fait qu’on les admire et les respecte : rien ne les arrête sur le chemin de leurs ambitions.

C’est ce qui définit la force de caractère, et c’est ce qui forge le respect, l’estime de soi, la confiance, et parfois même l’admiration.

Ne descendez jamais vos critères parce que c’est plus simple.

Je terminerai avec cette citation un peu hors contexte d’Einstein mais qui sert mon message alors je m’en sers

« Make everything as simple as possible, but not simpler »

Qui se traduit par quelque chose comme : « Faites en sorte que tout soit aussi simple que possible, mais pas plus facile. »

C’est dans le fait d’essayer d’évoluer et de faire des choses qui servent nos rêves et nos ambitions qu’on est définit.

N’arrêtez jamais d’essayer.

Bises,