Martin Seligman faisait des expériences de conditionnement classique sur les chiens, comme Pavlov.

Il a exposé un groupe de chiens à une série de chocs électriques (au bucher !). Les chiens ne pouvaient pas éviter les chocs, ils étaient conditionnés à l’inévitable.

Ensuite, il a créé une boîte séparée en deux par une petite barrière, d’un côté une plaque au sol envoyait un choc électrique tandis que l’autre était neutre.

Les chiens conditionnés au préalable n’ont pas essayé de sauter par-dessus la barrière et sont restés à subir les chocs électriques, couchés sur le sol.

Les chiens pour qui les chocs étaient une première sautaient du côté neutre.

Les chiens conditionnés avaient accepté la situation.

Ils avaient intégré l’inévitable. Ils avaient ressenti l’impuissance.

Seligman venait de découvrir l’impuissance apprise.

Qu’est-ce que l’impuissance apprise ?

Les personnes ou les animaux peuvent être conditionnés à penser qu’ils n’ont aucun pouvoir sur leur situation.

Ils n’essayent plus de changer leur situation parce qu’ils se sentent impuissants à changer le résultat de ce qui leur arrive.

Le sentiment d’impuissance peut conduire à l’anxiété, à la dépression, ou aux deux.

C’est une blessure émotionnelle majeure que j’ai vue chez la plupart des personnes que j’ai accompagnées.

Quelques exemples d’impuissance apprise :

  • Quelqu’un évitera les situations qui le mettent mal à l’aise parce qu’il a l’impression qu’il est comme ça et qu’il n’y a aucun moyen de le changer.
  • Quelqu’un qui a essayé d’arrêter de fumer mais qui a échoué à plusieurs reprises justifiera cet échec par la conviction qu’il sera toujours fumeur quoi qu’il fasse. Le culpabiliser ne fera que renforcer le problème.
  • Quelqu’un qui aura tout essayé pour perdre du poids arrêtera d’essayer parce que c’est sans espoir et que cela n’arrivera jamais.
  • Une personne battue ou qui subit des violences conjugales psychologiques trouvera des raisons à rester parce qu’elle aura l’impression qu’elle ne pourra jamais s’éloigner de son agresseur, quoi qu’elle fasse.

Pousser les gens à sortir de l’impuissance à coup de « bons conseils », de jugements, de critiques et même de changement trop rapide renforcera l’anxiété, le sentiment d’être inadapté et une faible estime de soi.

Cela peut mener à de fortes dépressions ou à des suicides.

Comment se forme l’impuissance apprise ?

La théorie de l’attribution, développée pour la première fois par Fritz Heider en 1958, dit que certaines situations et sentiments conduisent au sentiment d’impuissance. Une attribution est le facteur qu’on rend responsable du résultat.

Prenons un exemple.

Imaginez que vous venez d’échouer à un test de maths. Vous pourriez attribuer cet échec à plusieurs raisons.

  • Une attribution interne nous accuse du problème. Exemple : « Si j’ai raté cet examen, c’est parce que je suis stupide ». Dire que le test était difficile serait une attribution externe.
  • Une attribution stable ne change pas au fil du temps. Croire que vous avez échoué parce que vous êtes stupide est une attribution stable, c’est différent d’une attribution instable qui dirait par exemple « j’ai été bête sur ce coup » ou « Je n’ai pas assez travaillé »
  • Une attribution globale est la généralisation de l’expérience. Ce qui est arrivé s’applique à toutes les situations. Croire que vous avez échoué au test parce que vous êtes stupide est une attribution globale, car elle est vraie dans toutes les situations. Croire que vous avez échoué au test parce que vous êtes mauvais en maths est une attribution spécifique ; ce n’est pas parce que vous avez échoué au test de maths que vous échoueriez à celui d’anglais.

Ces 3 types d’attributions sont les raisons majeures à la création de l’impuissance apprise.

Un seul test ne va pas provoquer l’impuissance apprise, mais si vous ajoutez la répétition sur la durée…

Une étude a montré que ceux qui obtiennent régulièrement de mauvais résultats en maths deviennent convaincus qu’ils ne peuvent rien y faire.

Ils cessent donc d’essayer de bien réussir en mathématiques.

L’impuissance apprise devient une prophétie autoréalisante.

Quand j’étais en école d’ingénieur, je donnais des cours de maths aux étudiants en lettre. Tous étaient convaincus de ne pas être faits pour les maths, « ils avaient toujours été nuls ».

Je désactivais à l’époque sans le savoir ce biais en recréant du possible à partir de ce qu’ils aimaient déjà. Je leur expliquais que les maths étaient comme un langage, avec une grammaire et des règles. Les notes augmentaient sans beaucoup plus d’effort. Le problème était l’impuissance apprise, pas les compétences ni les méthodes de travail.

Parce que la bonne nouvelle, c’est que l’impuissance apprise se désapprend.

Comment sortir de l’impuissance apprise ?

Être accompagné en thérapie, en coaching, développer la connaissance de soi sont des éléments importants pour en sortir.

Mais en prendre conscience est essentiel.

Ma courte expérience de prof de maths rejoint celles de chercheurs qui ont sélectionné au hasard des étudiants pour leur expliquer que le cerveau est malléable, et que l’intelligence et la réussite évoluent avec le temps.

Résultat ? Ceux qui ont reçu l’enseignement ont eu moins de problèmes scolaires que les autres, ils présentaient moins de symptômes d’impuissance apprise.

Comprendre les mécanismes de l’impuissance apprise sert toute la vie, avec tout le monde. Lorsqu’on est parent avec ses enfants, lorsqu’on est accompagnant, formateur, professeur…

On peut faire un peu plus attention à ce qu’on propose comme exercices, on met l’accent sur l’effort d’apprendre plus que sur les résultats, et on évite bien des problèmes à beaucoup de monde.

Parce que c’est beaucoup plus difficile que ça en a l’air d’éviter ce sentiment.

Je viens de vous en transmettre un aspect, mais vous devriez absolument lire Mindset de Carole Dweck.

Si ça n’est probablement pas suffisant, c’est déjà un grand pas vers mieux s’en protéger et en sortir.

À propos de Laurent Bertin


Né le 6 juin 1975, je suis coach, conférencier et formateur depuis plus de 12 ans. Marié depuis 25 ans, je suis père de 4 enfants. J’ai 3 chats et deux chiens que j’adore.

Je suis un solitaire atypique, avec une anxiété sociale que j'ai réussi à intégrer pour en faire une force. J'aime la tranquillité, la simplicité, l'authenticité et l'honnêteté.

Ancien directeur informatique dans une grande banque française, j’ai tout quitté du jour au lendemain pour devenir praticien en hypnose. J’ai développé mon cabinet, suis devenu formateur, co-directeur d’un grand centre de formation pour tout quitter à nouveau pour développer mon activité via Internet.

Aujourd’hui, je peux travailler d’où je veux quand je veux et moins de 2h par jour. J’ai triplé mes revenus de directeur en aidant mes clients et en formant des milliers de personnes à mieux vivre leur métier et à mieux aider leurs clients.